Quadrivium

Atonalism

EvColorserything began during the summer of 1990 when I understood, following dozens of listening sessions, Luciano Berio’s Ritorno degli snovidenia.

In the piece, there is silence, then colors, a lot of colors. From this silence come “Russian melodies” tirelessly repeated by the cello (dream – сновидение, snovidenia), whose material and isorhythms are taken up in echo by the ensemble, culminating in a convincing dynamic climax before reiterating a long, solitary, flexional ending in order to return to silence.

The spectacular cello-orchestra interaction strips the timidly exposed melodies down to unknowable scraps until they become an uncertain harmony, nagging and stretched, a whirring and paintbrush strokes, yet a harmony that possesses the original melodies.

I wanted to understand what the thirty-minute continuum sought to achieve, where it was going, what it was communicating, what it was saying, but I could see only colors –very beautiful colors, certainly – but only colors that have nothing to say other than what they are, nothing else but themselves despite obvious intersubjective networks.

In a context, a color, in conjunction with another, may say that it loves or that it is sad, that it admires or contemplates, etc., but a color for itself, by itself, without anything else but itself, what does it really say outside of a given context?

I was able neither to accept nor understand that a work of music could only be a catalog of colors (in the piece, the rhythmic irascibility itself says only colors), carefully avoiding any semblance of tonal harmony which would have then destroyed the fragile equilibrium of the structure that says nothing but itself, like the spectacular Donald J. Trump, the 45th President; the idealism of colors in order to escape a modal/tonal world that alone can support a speech, regardless of which one, is a nothingness which does not at all bother the one who enthrones himself king there, and such is the reality of this piece, I thought.

The piece is a sumptuous collection of colors skillfully brought out, despite being brought out into an impenetrable nothingness. The colors identify themselves completely with the instrumental articulations, but I do not know where they are going, how to sing them, what they resemble… What communicates what?

What is beautiful?

Around a hundred and fifty years earlier, the motivical object began to listen to itself. Through vernacular language, if music became its own object, like sacred Latin words emptied of their absolute, for example, Beethoven was a prophet. In his sonata No 32 in C minor, Opus 111, written in 1821-22 (January 13, 1822 on the autograph), in the arietta of the second movement, the poetical suggestion of the God-motive reaches the celestial power.

He wants to reach Him.

 *                    *                    *

Tout avait commencé durant l’été 1990 alors que j’avais compris, suite à des dizaines d’écoutes attentives, le Ritorno degli snovidenia de Luciano Berio.

Dans l’œuvre, il y a le silence puis des couleurs, beaucoup de couleurs. De ce silence, émane des « mélodies russes » inlassablement répétées au violoncelle (rêve – сновидение, snovidenia), dont le matériau et l’isorythmie sont reprises en écho par l’ensemble, qui culminent sur un climaxe dynamique convaincant avant de réitérer une longue désinence solitaire pour retourner dans le silence.

L’interaction violoncelle-orchestre, spectaculaire, dépouille les mélodies timidement exposées en bribes inconnaissables jusqu’à ce qu’elles deviennent une harmonie incertaine, lancinante et étirée, un bourdonnement et des coups de pinceau, harmonie qui toutefois possède les mélodies d’origine.

Je voulais comprendre où voulait en venir le continuum de plus de trente minutes, où tendait-il, qu’est-ce qu’il communiquait, qu’est-ce qu’il disait, mais je n’y voyais que des couleurs, de très belles couleurs certes, mais que des couleurs qui n’ont à dire que ce qu’elles sont, rien d’autre qu’elles-mêmes malgré les réseaux intersubjectifs évidents.

Dans un contexte, une couleur, en conjonction avec une autre, peut dire qu’elle aime ou qu’elle est triste, qu’elle admire ou contemple, etc., mais une couleur pour elle-même, par elle-même, sans rien d’autre qu’elle-même, que dit-elle vraiment sans contexte aucun ?

Je n’arrivais pas à accepter ni à comprendre qu’une œuvre de musique pût n’être qu’un catalogue de couleurs (dans l’œuvre, l’irascibilité rythmique elle-même ne raconte que des couleurs), évitant soigneusement par-là tout semblant d’harmonie tonale qui eut alors détruit le fragile équilibre de l’édifice qui ne dit rien que lui-même, comme le spectaculaire Donald Trump, 45e Président américain ; l’idéalisme des couleurs pour échapper au monde modal/tonal qui seul peut supporter un discours, peu importe lequel, est un néant qui ne dérange surtout pas celui qui s’y intronise roi, et tel est la réalité de cette œuvre, pensais-je.

 

L’œuvre est une collection somptueuse de couleurs savamment mises en relief, quoique dans un néant impénétrable. Les couleurs s’identifient totalement avec les articulations instrumentales mais j’ignore où elles vont, comment les chanter, ce à quoi elles ressemblent… Quoi communique quoi ?

Qu’est-ce qui est beau ?

Environ cent cinquante ans plus tôt, l’objet motivique devenait à l’écoute de lui-même. Par la langue vernaculaire, si la musique devint son propre objet, comme par exemple les paroles sacrées latines, vidées de leur absolu, Beethoven fut un prophète. Dans la sonate No. 32 en ut mineur, Opus 111, écrite en 1821-22 (le 13 janvier 1822 sur la version autographe), dans l’arietta du second mouvement, la suggestion poétique du motif-Dieu atteint à la puissance céleste.

Il veut L’atteindre.

 

 

All material © 1996-2017  Francis P Ubertelli.

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