Scripto Scriptis

Les Avions de l'ApostatLe Dernier Apocryphe, récit anagogique. Essai – Récit difficile et dense, fort bref (101 pages bien-pensantes), fidéiste, le premier d’une série. La trame de fonds a pour intrigue les attaques des tours à New York puis le bouleversement d’une amitié symptomatique.

Extrait –

LORSQUE LA DESTRUCTION des tours jumelles avait frappé de stupeur une société mondiale aussi malléable qu’une opinion émotive, le personnage au centre de cette étrange histoire s’était réfugié en lui-même devant l’implacable réalité de l’ignorance collective. Il avait connu la peur dans l’authenticité de sa déconvenue, une peur viscérale à l’origine de la transformation de sa vision du monde, cœur mécanisé de la présente narration qu’articulent maintenant ces quelques mots unanimes.

La souffrance des âmes qui avaient péri fut aussi singulière que la réalité préméditée enfouie derrière la sinistre mise en scène des attaques surprises, mensonge hanté de la terreur moderne ; souffrance qui avait profané le sanctuaire intangible de la spéculation misérabiliste aussi dérivative que paupérisée. L’autel des passions s’était déchaîné ce matin-là dans la réelle épouvante, dans la terreur et l’incompréhension. Les modes de vie contemporains suppliaient les sots décideurs de calmer les esprits transis avec des réponses surfaites car un tel attentat les remettait directement en cause ; or, comme une astuce oblique, les réponses furent aussi insensées qu’arrogantes.

Il s’était réfugié en lui-même car l’impensable avait atteint les rivages nécrosés de Manhattan alors que des puissances obscures avaient fomenté l’abattement des gratte-ciel pour des raisons tout aussi impénétrables, lesquelles en retour allaient toutefois éblouir sa conscience. Le choc lui ouvrit les portes d’un profond discernement et les munitions de son courage hardi en jouirent intensément jusqu’à vaincre la désinformation préconçue des transnationales de l’information et du culte de l’Œil. L’obscurité allait peut-être cesser d’incarner la seule lumière des hommes louches.

Les avions avaient été fardés d’une semblance composite pour les confondre avec de gros Boeings, et les réservoirs à essence, presque pleins au moment de l’impact, avaient été reliés à un système de minuterie antichoc qui s’était lui-même déclenché très précisément un dixième de seconde suivant la collision, causant la désintégration instantanée de chaque avion et provoquant une série d’explosions internes qui allèrent pulvériser dans une chaleur atomique les colonnes d’acier qui constituaient la charpente des tours. Puis, des centaines de bombes à surpression thermobarique qu’on avait mis en place dans toutes les cages d’ascenseur, à l’aide d’une peinture inflammable dont on avait recouvert les vestibules des monte-charge de chaque niveau, achevèrent en chœur, un étage après l’autre, la vertigineuse désintégration contrôlée des édifices grand public, surtout la Tour 7.

Ce fut un très grand spectacle grâce auquel des criminels de guerre politicailleurs et leurs acolytes fortunés allaient stigmatiser l’opinion sensible des masses, alors ébouriffées, pour la conquête criminelle des royaumes de Sumer et d’Akkad dans le contrôle géostratégique de l’huile de pierre et du pavot rouge, à deux pas des Russes.

Devant la somptuosité des attentats, il eut des cauchemars. Comme une bourrasque insolente, l’esprit ne les acceptait toujours pas, et l’appartement qui l’abritait, objet de sa réaction paniquée en sauve-qui-peut, avait été livré aux ravages de sa volonté de fer. Il avait laminé les nues du plafonnier de ses meubles, comme dans un délire. Ayant aveuglé la verrière de grands contre-plaqués, comme si la lumière eût souffert les désagréments momentanés d’un mandat d’arrêt, les vitrages, en plein jour, béaient d’une éclipse quadrangulaire toute fissurée de pertuis par lesquels des faisceaux de clarté peignaient d’étoiles la noirceur transitoire de l’intérieur.

C’était un coin de ciel à lui seul, et il avait maintenant peur de les retirer – que diraient les satyres et autres scrutateurs d’en face ? et collait aux pertuis des panneaux de bois un facial opiniâtre coiffé d’un frontal chiffonné d’angoisse et d’émoi – que dirait-on ?

Affolé, sa peau était toujours fiévreuse, ses mains avaient trop parlé. Les avions qui s’enferrèrent dans les tours avaient brisé son imaginaire dans une terreur qui avait fracassé son assurance d’une désinvolture brise-tout, alors que la force de la stupeur avait pris en otage l’imaginaire collectif dans un drame épique qui paralysa de sa barbarie l’ensemble des sociétés l’instant d’un répit. Le marxisme avait conquis le monde. On avait discrédité la substance de l’Occident en déconstruisant la majorité traditionnelle dans l’épouvante hors-la-loi d’un chaos contrôlé, dictature de la pensée destinée à changer la masse des gens en domestiques insipides de l’agenda des maîtres du monde.

Les faisceaux de clarté le consolaient d’un semblant de certitude devant les étoiles au mur qui constellaient l’ambiance renfermée de son appartement du calme mystérieux d’une nuit biblique. Il scrutait le passé. L’avenir était à sa portée. « Comment le Bon Dieu m’apprendrait-Il à L’aimer ? »

Jadis, son père, dans une vie qui l’a rendu fou, avait collaboré durant vingt ans avec les Américains au projet « HighJump » qui devait démanteler au Pôle Sud la Kriegsmarine, fabuleuse armée de la Wehrmacht unifiée de l’ère nazie qui avait échappé au Traité de Versailles à l’époque de la Première Guerre. Puis la Lutte Froide apparut, et l’escalade effrénée des puissances du mensonge alla jusqu’à mettre un pas sur la Lune dans une mascarade cinématographique étourdissante que la technologie encore évasive du montage vidéo et autres entourloupes permettaient à peine de réaliser – le génie de Kubrick – dans le triomphe d’un capitalisme obsessionnel. Sa vision du monde en avait souffert, il avait crû sans pouvoir se connaître et, comme son père, entreprit ce qui le dépassait jusqu’au massacre des tours où ses desseins cessèrent violemment.

Le moment fut certes éloquent, issu d’une mise en scène prophétique en plein jour pour une meilleure catastrophe. Les buildings, en rangs comme des fûts, avaient été au service d’une révérence baderne de pensionnés de guerre, accueillant les avions grimés de badigeon comme une leçon de morale un lendemain de débauche avec tout le silence enviable qu’une vigilance élémentaire eût proscrit. La Troisième Guerre avait officiellement commencé : on avait kidnappé l’Amérique ; il fallait maintenant que sa richesse, comme celle de l’Europe d’Allah, assouvissent les mains souillées de Lucifer dans le viol de la dignité des peuples et des âmes moyennes.

Dépôt légal : 4e trimestre 2010, Éditions Bénévent, Nice, FRANCE, 2011 – ISBN 978-2-7563-2025-0 ; dépôt : Bibliothèque nationale de France, catalogue général, monographie sous notice NFRBNF42422927, 2011.